Les racines hébraïques, grecques et latines

des vocables de la théologie

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Introduction


"Pilate rédigea une inscription qu'il fit mettre au sommet de la croix. Il était écrit: "Jésus de Nazareth, roi des Juifs". "Elle était écrite en hébreu, en grec et en latin."


Erasme, témoin de l'hérésie  protestante, prévoyait le désastre de la rupture de l'Eglise: il était impossible de se mettre d'accord sur la doctrine.  Il préconisa le "trivium", c'est-à-dire la lecture des saintes lettres, contenant la Révélation divine, dans les trois langues: hébreu, grec et latin.


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Le maître à son élève, qui n'a pas écrit le résultat exact de son problème :  "As-tu compris ce que j'ai dit ?"   De même à l'apprenti  qui n'a pas réussi l'exécution du modèle: "As-tu compris ce que j'ai dit ?"


La réussite dépend directement de l'intelligence  que l'on a de l'explication.


Il en est de même pour la créature rationnelle, pour l'homme créé pour l'immortalité  et la gloire, et qui s'effondre dans la géhenne : "C'est la parole que je vous ai dite qui vous jugera au dernier jour..."


Il faut  et il suffit de bien comprendre  la leçon.

L'enjeu est de taille:  il s'agit d'accomplir la promesse de la vie impérissable.... "En vérité, je vous le dis, celui qui garde ma parole ne verra jamais la mort... "         (Jean (8/51)

Garder la parole de Dieu suppose qu'on la comprend bien.... Et comment la comprendre si elle est formulée dans une langue que l'on n'entend pas ?


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Le génie de la langue sacrée.


La seule langue antique qui nous soit parvenue est l'hébreu de la Bible. Il fut toujours enseigné, parlé, chanté, expliqué par des grammaires et des dictionnaires, et surtout recopié avec une fidélité exemplaire notamment par les massorètes. Ainsi, par le véhicule de la langue hébraïque les écritures antiques, parvenues jusqu'à nous, sur les tablettes d'argile cuite, les sarcophages de porphyre, et autres inscriptions demeurées absconses pendant des siècles, furent, en partie, déchiffrées.

Champollion par l'hébreu remonta par le copte et le syriaque, jusqu'aux hiéroglyphes, dont le secret  fut perdu dès la fin de la XVIIIè Dynastie. La pierre de Rosette, découverte en 1799, qui présentait un même sujet en caractères différents, lui permit de décrypter  la pensée enfermée dans le mystérieux rébus des hiéroglyphes... Encore aujourd'hui, les inscriptions qui ont résisté à l'usure du temps, sur les obélisques, les cénotaphes, les pylônes des temples antiques, les annales historiques ou commerciales confiées aux tablettes d'argile cuite, sont loin d'être toutes lues et comprises.....


Néanmoins la plus ancienne écriture alphabétique est sans contredit celle de l'hébreu.  Pendant la longue  servitude du peuple de Dieu, sous l'uræus pharaonique (de 1580 environ à 1314 av. J.C.) les esclaves hébreux qui cherchaient des topazes dans les  oueds du Sinaï, gravèrent les plus anciens caractères de leur langue sur les falaises abruptes des étroits défilés de la montagne. Ils sont les mêmes que ceux que nous lisons aujourd'hui dans la Bible de Kittel, la meilleure édition critique du XXè siècle: (Stuttgart 1937-1952) . Des inscriptions en caractères alphabétiques furent trouvées  à Ougarit. On les date du XIVè. Siècle avant Jésus-Christ.  A cette époque, Ougarit était compris dans l'Empire Egyptien.


Quelle  était alors la prononciation  de voyelles et consonnes ?  L'enregistrement sonore n'existait pas. Mais les scribes et les grammairiens, scrupuleux  jusqu'au  subtil  daguesch,  furent admirablement fidèles  à conserver le Texte sacré.


A vrai dire, l'Exode à travers les eaux de la Mer Rouge, fut le point de départ de la plus formidable libération de tous les temps: celle de l'intelligence qui, au long des quarante ans de la longue marche dans le désert, s'est affranchie des idoles de l'Egypte : de la séduction diabolique  qu'elles imposaient depuis la fin des premières Dynasties. Oui: monstrueuses images des dieux infernaux  qui présidaient aux rites funèbres. Tout ce qui restait d'habileté  et de génie chez les fils d'Adam, servait à tailler, sculpter, décorer, édifier nécropoles, cénotaphes, obélisques, pyramides, chambres sépulcrales, portiques vertigineux, colonnades géantes soutenant d'énormes dalles de granit juchées à quatre-vingt pieds de haut... pour l'honneur d'Horus au bec acéré, d'Anubis aux dents aiguës, Sobek le crocodile marécageux, à gueule terrifiante... autant d'images qui habillaient  la mort de la magistrale beauté de Satan homicide et menteur. Moïse réduisit à néant ces sinistres subterfuges qui enchaînaient toute conscience  sous la fatalité de la mort.


Aucun rite funèbre n'est prescrit dans la sainte Ecriture.  Plus de temples, plus de salles hypostyles, plus de momies embaumées.... Tout cet arsenal fabuleux disparaît devant le Dieu vivant : une simple caisse en bois d'acacia, enfermera quelques objets innocents en mémorial de la Révélation authentique gravée, écrite, lisible, intelligible pour la créature rationnelle. Au dessus de cette caisse: l'Arche d'Alliance, deux chérubins vengeurs, rappellent aux prêtres chargés d'instruire le peuple, que l'accès à l'Arbre de la Vie  reste interdit aux transgresseurs de la Loi que le Créateur a prescrite pour l'homme dès sa création. (Gen. 3/23-24)


A quoi donc se réduit le culte ? Que deviennent les momies aux masques d'or,  embaumées pour narguer les millénaires, les cortèges funéraires, les sépultures triomphales ? Plus rien. La loi de Moïse ne prévoit aucune liturgie mortuaire. Les prêtres ne s'approcheront jamais d'un cadavre: Yahvé a horreur de la mort, et plus encore du péché qui la provoque. Péché qu'il faudra dénoncer et expier par des holocaustes incessants, tant que dure la corruption de la chair humaine.  Les prêtres, par l'imposition  de leurs mains, transféreront la culpabilité des géniteurs sur des béliers, des boucs, des agneaux...  consumés par le feu de l'autel. Le taureau surtout, symbole égyptien de la fécondité plantureuse, de la prolifération animale, disparaîtra dans les flammes tant que durera la "génération perverse et exaspérante" (Ps. 77/8).


Quand donc adviendra l'éclosion  de la première étincelle de raison qui rendra le sacrifice inutile ? Hélas! lorsque Moïse descendit de la montagne sacrée, il vit que son peuple libéré de la funeste idolâtrie  de l'Egypte, se vautrait dans une bacchanale effrénée sous l'égide lubrique d'un jeune taureau de fonte cerclée d'or!... Moïse crut mourir de chagrin: le peuple issu de la foi  d'Abraham reste mordu par le Serpent ! Dieu lui dit: "Je vais les détruire tous…" Etait-il impossible  d'arracher l'homme à l'animalité ?  Moïse intercéda; Yahvé, prévoyant des siècles d'errance, promulgua la discipline  de la loi qui durera jusqu'au jour où, enfin, sera posé l'acte de la foi intelligente !


Ce jour-là vous mériterez de voir la Face de votre Créateur.  En attendant vous garderez le trésor sacré de l'Ecriture qui vous rappellera que la mort n'est pas naturelle, mais qu'elle est la conséquence de votre désobéissance à la volonté de Dieu, souverain créateur et législateur.


C'est pourquoi  la Loi ne sera pas une coutume conventionnelle,  comme chez le autres peuples, mais elle restera gravée sous vos yeux pour vous accuser et vous libérer:  d'abord sur des tables de pierre, ensuite recopiée par mille mains habiles  sur de supports plus légers: argile cuite, parchemin, papyrus...  Que tous les fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, sachent lire et écrire !  De fait le texte, lu et chanté chaque sabbat à la synagogue restait gravé dans la mémoire collective de l'assemblée. Lorsque le lecteur se trompait en avalant une lettre, en oubliant un mot, tous élevaient la voix, pour crier le texte exact: la vérité confiée à la mémoire d'Israël. Dans chaque synagogue le culte restait centré sur la conservation du texte. L'objet sacré par excellence était le rouleau  de la Loi. Depuis quand ? Jusqu'à quand ?


La tradition mémorable du peuple choisi nous assure que c'est le dernier des vingt-quatre patriarches, Joseph, le fils chéri de Rachel la femme légitime de Jacob, qui inventa l'écriture alphabétique: l'art de transcrire par la main, immédiatement et sans hésitation, le son émis par la voix: le vocable. D'âge en âge, depuis Adam, dans la lignée de Seth, la longévité des pères et de leurs fils fut de plusieurs siècles: l'Ecriture nous donne les dates,  à l'année près, de sorte qu'il est facile de calculer, par une simple addition, que la création d'Adam fut en 3981 avant Jésus-Christ.  Certains d'entre eux, comme Noé, ou Héber, ont connu leurs arrières grands parents et leurs arrières petits fils,  jusqu'à une dizaine  et plus  de générations.  Si Dieu disposa  ainsi la longévité  des Patriarches c'est pour que le trésor de la Révélation , confiée à Adam ne fût pas perdu, mais inscrit solidement dans la mémoire de ces hommes, jusqu'à Joseph, qui parlait la langue de ses pères, l'hébreu dont les racines se retrouvent aujourd'hui dans  ce qui nous reste de l'ancien chaldéen, de l'acadien, du sumérien: soit jusqu'à plus de 3000 avant Jésus-Christ.


L'histoire de ce Joseph est rapportée dans les derniers chapitres de la Genèse.  (Ch. 37-50) Il  fut vendu par ses frères à des marchands madianites qui le vendent en Egypte comme esclave. Conduites par la main de Dieu, les circonstances le portent jusqu'au trône du Pharaon, dont il devient l'intendant suprême, investi d'une autorité absolue, conformément au songe prophétique qu'il avait naïvement raconté à ses frères. Ce pharaon était Neferhotep, de la XIVè dynastie. Joseph, vendu à l'âge de 17 ans. reste esclave et prisonnier jusqu'à l'âge de 30 ans. Il dévoile le songe prémonitoire du Pharaon, accède au plus haut rang, neuf ans avant l'arrivée de ses frères en Egypte, puis, il garde le pouvoir jusqu'à sa mort, à 110 ans. Il a donc exercé son ministère d'intendant suprême pendant 80 ans.


En prévision de la famine, Joseph organise l'irrigation des rivages du Nil. L'Egypte alors produit du blé en telle abondance qu'elle peut nourrir toute "la terre", c'est-à-dire le territoire du  Moyen Orient: celui des éleveurs (pasteurs Hyksos) dont les troupeaux dépérissaient sous la sécheresse. Joseph est assisté par un collège de  sages et de savants: il est instruit de toute la sagesse des Egyptiens:  comme le sera Moïse, petit fils adoptif d'Aménophis III (Act.7/22). C'est avec eux et pour tout le peuple que Joseph invente l'écriture  alphabétique (démotique). La langue égyptienne survit - très atténuée - dans le Copte (CoPTe = éGyPTe : les consommes sont encore les mêmes).  La langue copte est écrite en caractères grecs majuscules sur certains documents anciens (Ier - 5ème S. de notre ère) retrouvés en Egypte.


Le psaume 81, d'un mot, évoque cette continuité de la Révélation qui aboutit à Joseph:

"Voici la Loi pour Israël, l'ordonnance du Dieu de Jacob, le témoignage  confié à Joseph, quand il fut élevé au-dessus de la terre d'Egypte": "J'entends une langue inconnue, du fardeau j'ai déchargé ton épaule..."


Ce qui signifie que la tradition confiée aux patriarches, d'Adam à Abraham  Isaac et Jacob, aboutit à Joseph qui, "entend une langue inconnue", c'est-à-dire qui apprend et comprend la langue des fils de Cham pendant les neuf ans que dure sa captivité chez Putiphar d'abord, puis en prison, où il est promu gardien des autres  détenus. Il explique  le songe du pharaon : il accède "au-dessus de la terre d'Egypte", au commandement suprême. "Trouverons-nous un homme comme celui-ci, en qui est l'Esprit de Dieu ?" (Gen.41/37)  Par la suite, lorsqu'il voit ses frères qui viennent acheter du blé, il comprend leur langage, l'ancien hébreu, la langue des fils de Sem, sans avoir besoin  de l'interprète, et, après les avoir éprouvés, devant leur "conversion", il se fait reconnaître:  "Je suis Joseph votre frère... "



    La famille de Jacob (70 hommes) s'installe sur la terre de Gessen, en 1745. av.J.C. Ils y prospèrent rapidement. Bien entendu les hébreux se mêlent aux Egyptiens, pistonnés par Joseph, et occupent parfois des postes importants, jusqu'au moment où arrive "un pharaon qui n'a pas connu Joseph". Changement de dynastie, XVIè  et XVIIè, soit 90 ans après la mort de Joseph.


Le livre de l'Exode mentionne que les Hébreux, tout esclaves qu'ils fussent alors, avaient leurs scribes.  (Ex. 5/15,19)  Ce qui signifie  que pendant toute la durée de leur séjour en Egypte, ils ont écrit et conservé la tradition patriarcale. Sans doute y eut-il beaucoup de textes autres que ceux retenus dans le livre de la Genèse, qui seront peut-être un jour retrouvés... Nous sommes assurés par l'autorité de la Sainte Ecriture, qui a Dieu pour auteur, de la  véracité des faits, qu'il faut entendre au sens obvie et direct.


Les langues porteuses de la divine révélation.


Avant la confusion qui s'abattit sur l'écroulement  de la tour de Babel, "les hommes n'avaient qu'une seule langue,"  nous dit l'Ecriture.  (Gen. 11, début). Quelle était  cette langue unique ? Assurément celle qui fut gardée dans la lignée des grands patriarches. Il faut donc la retrouver dans l'hébreu que parlait Joseph.


Après la destruction par le Déluge (1656 après Adam, 2325 avant J. C.) des cités Sumériennes, les trois fils de Noé repeuplent rapidement la "terre", c'est-à-dire le Moyen Orient, l'Europe, et l'Afrique du Nord, surtout l'Egypte. Territoires respectifs des Sémites,  des fils de Japhet, et des fils de Cham.


Les langues sémitiques restent voisines par leurs racines, sous la diversité de leurs écritures actuelles : hébreu, arménien, arabe...  Les cunéiformes sumériens, acadiens, babyloniens furent abandonnés  aux environs de l'an 700  avant Jésus-Christ.


La langue grecque des fils de Japhet resta vivante : depuis Homère (900 av. J.C.) jusqu'à nous, le Grec ne connut pas de variations substantielles.  Il fut parlé, chanté, déclamé, pendant  près de trois mille  ans. Son écriture alphabétique le rend pour nous facilement accessible: nous y retrouvons les racines de nos propres vocables, mais aussi les bases de notre philosophie et de notre culture.  Nous construisons sur le grec les mots des sciences les plus modernes, au fur et à mesure que nous avons  besoin d'un langage spécifique pour désigner les objets de nos découvertes.


En grec est écrit le Nouveau Testament; c'est par cette langue merveilleuse, richesse de vocabulaire et nuances délicates, que nous accédons à l'intelligence des paroles du Verbe de Dieu et des Apôtres, témoins de la révélation dernière et définitive. Les écrits des pères grecs remplissent près de trois cents volumes  de  la patrologie. La bible grecque dite des « Septante » est la traduction de l’Ancien Testament faite par Septante savants juifs de la grande synagogue d’Alexandrie. Saint Clément d’Alexandrie, dans ses Stromates nous donne l’histoire de cette traduction qui se répandit dans tout l’empire  d’Alexandre. Saint Paul cite l’Ecriture dans le texte grec des Septante.


Ce n'est qu'au quatrième siècle que l'Occident chrétien a employé la langue latine: traduction de la Bible par saint Jérôme sur l'hébreu pour l'Ancien Testament et sur le grec pour le Nouveau. Le latin, langue tardive, trop limité dans ses racines, n'avait pas la capacité de rendre fidèlement  les nuances et la précision de l'hébreu, ni du grec. C'est pourquoi il fut toujours vivement conseillé  aux  prêtres et théologiens de se reporter à la  langue originale.   Erasme prescrivait le "Trivium" : à savoir l'étude de l'hébreu, du grec et du latin, pour  ne pas errer dans l'intelligence  de la Révélation divine. Les décrets pontificaux et conciliaires conseillent fortement aux jeunes gens qui se préparent aux Ordres Sacrés, d'étudier les langues originales dans lesquelles  Dieu lui-même s'est exprimé par les Prophètes et les Evangélistes.


Fidélité de la tradition manuscrite.


Les Juifs, et spécialement les massorètes, nous ont transmis le texte hébreu de la Bible avec une fidélité exemplaire. Nous en étions, certes, déjà bien assurés lorsque la découverte des manuscrits de Qumram en a donné une confirmation  absolue. En effet, le texte hébreu de la Bible fut imprimé en Espagne pour la première fois,  au 15ème siècle par les soins de deux Evêques de Burgos, père et fils,  juifs convertis à la foi chrétienne. Depuis cette date, le texte n'a pas varié d'une seule lettre.  Mais on pouvait se poser la question de savoir si ce texte imprimé du 15è siècle, était identique à celui que lisaient les Apôtres et les premiers chrétiens... Or, à Qumram,  fut découvert – parmi de nombreux autres documents - un rouleau complet d'Isaïe, parfaitement conservé, qui date, au plus tard, du premier siècle avant Jésus-Christ. La preuve est donc faite que, pendant quinze  siècles, les copistes ont reproduit exactement les textes de la Loi et des Prophètes.


Nous n'avions pas de manuscrits authentiques  de ces vénérables livres, car les copistes juifs, après avoir reproduit fidèlement le texte sacré, brûlaient l'ancien manuscrit, pour qu'il ne soit pas profané par les vers ou les araignées.. D'où l'importance de la découverte des textes de Qumram en faveur de l'authenticité de l'Ecriture, et de la fidélité  des copistes.


Depuis les Apôtres et les Evangélistes: la tradition manuscrite du Nouveau Testament fut d'une extrême fidélité. Les résultats des examens minutieux des textes sont indiqués avec toutes les précisions désirables dans les préfaces des éditions critiques modernes du Nouveau Testament. Sur les quelque cent mille variantes que présentent ces manuscrits (9000 environ) antérieurs au XIème siècle,  aucune n'est substantielle, c'est-à-dire n'altère le sens d'une phrase. Les variantes sont simplement orthographiques: erreurs minimes  d'écriture: oubli  d'une lettre, d'un mot, inversion de deux mots, rarement d'une ligne.  Ces études, commencées depuis Erasme, ont atteint leur pleine  extension au XIXè siècle  d'une manière exhaustive.


Ainsi pour le Nouveau Testament - à savoir les évangiles et les épîtres - nous sommes sûrs de l'authenticité  du texte grec: donc que la Révélation divine, confiée aux Evangélistes et aux Apôtres nous est directement accessible dans la langue même qu'ils parlaient et qu'ils écrivaient.  Nous n'avons pas de texte autographe - écrit directement par  Saint Matthieu, ou Saint Paul...- mais seulement des copies fidèles  très anciennes, identiques entre elles. Aucun copiste n'a jamais inséré une phrase, ou même un seul mot, de son propre chef. Certains papyrus remontent au Ier siècle. Les livres complets écrits avec le plus grand soin en gros caractères, enluminés et ornés, d'usage liturgique, remontent au 3ème siècle.  C'est surtout la tradition monastique, qui depuis le 5ème S. nous a gardé précieusement les manuscrits. La tradition de haute fidélité des massorètes a passé dans l'Eglise, pour la bonne raison que beaucoup de copistes et massorètes juifs ont pris le parti de Jésus-Christ,  sont entrés dans l'Eglise, et en ont constitué le noyau intellectuel.  Voir dans les Actes (13/1)  les docteurs de l'Eglise d'Antioche.


L'Ancien Testament - Moïse et les Prophètes - fut gardé dans l'Eglise Apostolique mieux que dans la Synagogue incrédule dont les copistes, ici et là, ou écarté ou altéré certaines  prophéties accomplies manifestement par Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais ces variantes sont rares, facilement  repérables.En effet: le premier évangile, celui de Matthieu, écrit d'abord en hébreu, démontre que Jésus est le Messie et le fils de Dieu en citant l'Ecriture.


En outre, l'Ancien Testament fut traduit en grec au deuxième siècle avant Jésus-Christ par les docteurs juifs de la grande synagogue d'Alexandrie. C'est la "Bible des Septante", tout à fait conforme au texte hébreu synagogal. Cette entreprise de traduire l'Ecriture en grec est racontée en détail par Saint Clément d'Alexandrie dans ses Stromates.


Les Septante furent 70 docteurs juifs. Ils s'étant mis d'accord sur une grille de vocabulaire pour faire correspondre au mieux les vocables grecs aux vocables hébreux. C'est une traduction  littérale.  Chacun de ces 70 savants écrivit sa propre traduction sans aucune concertation avec les autres. Quand ils eurent tous fini, il se trouva qu'ils avaient tous effectué la même traduction, ce qui fut considéré comme un miracle éloquent de l'assistance du Saint Esprit sur cette entreprise. Dès lors, le trésor de la Révélation divine confiée à Israël pouvait être transmis à tout homme sur la terre: le grec étant compris et parlé dans le monde alors connu, à savoir le pourtour de la Méditerranée et le Moyen Orient. Ce texte  des Septante est publié de nos jours dans des éditions critiques: il est facile de s'y référer.


Cependant certains textes retenus par les Septante, ne figurent pas dans la bible hébraïque, et sont considérés cependant comme canoniques, = inspirés par Dieu: livres "deutérocanoniques", retenus  dans l'Eglise Catholique, mais rejetés par les protestants du XVIème siècle.  Le livre de l'Ecclésiastique - ben Sirah - ne nous était connu que dans sa traduction grecque (Voir le prologue de ce livre). Et voici que l'original hébreu a été retrouvé récemment.


Les altérations humaines de la Révélation


Si nous voulons rejoindre aussi exactement que possible la pensée de Dieu, notre Créateur et Législateur, il est nécessaire de faire une critique approfondie de la théologie, c'est-à-dire  de la manière dont la révélation divine fut comprise et expliquée au cours de l'histoire de l'Eglise.  Cette étude, si importante, ne saurait être entreprise dans cet ouvrage, qui veut avant tout mettre le lecteur au contact direct des concepts bibliques fondamentaux, c'est-à-dire ceux qui se dégagent directement des racines hébraïques. C'est là le moyen le plus sûr de rejoindre aussi fidèlement que possible la précieuse et indispensable  Révélation du Verbe de Dieu, qui s'est exprimé d'abord par Moïse et les Prophètes, et ensuite en Jésus, le Verbe incarné, dont les Apôtres nous ont écrit l'histoire  et le témoignage.


C'est pourquoi il est utile de d'énoncer ici  les quatre déviations principales de la psychologie faussée de l'homme déchu, qui ont jusqu'à nos jours empêché l'exacte et loyale  acceptation du Texte Sacré dans son sens obvie et direct. Ces quatre déviations, ou errances, ou lacunes, ou écrans devant  la lumière divine, peuvent être ainsi définis:

1 - Dès la période Apostolique: l'influence des Judaïsants, qui n'ayant pas reçu la sainte génération de Jésus-Christ comme la norme de la génération humaine véritable, ont voulu maintenir la génération charnelle avec l'appui de la "circoncision"  de la loi de Moïse.

2 - Pendant les premiers siècles et jusqu'à nous, le dualisme manichéen, qui, par le mépris du corps, a cru que le Salut n'intéressait que l'âme après la mort considérée comme naturelle.

3 - L'illusion  politique  des hommes d'Eglise, qui ont pensé qu'une collaboration avec les rois, les empereurs, les républiques... et aujourd'hui les droits de l'homme et la démocratie pouvait être un appui pour la mission  apostolique  de l'Eglise.

4 - L'illusion scientifique: un grand nombre d'intellectuels - et un large public mal informé -  se sont imaginé  que les progrès de la science  aboutiraient  à une pleine réussite de l'homme.


Cette déchéance de l'homme, obscurcissement de son intelligence,  à la suite du péché originel est clairement enseignée par le Concile de Trente, notamment dans le premier anathème qu'il prononça sur le péché originel.  Que voici:


Chapitre 1 - Affirmation du péché du premier homme et de ses châtiments.


Cap. 1 - Si quis non confitetur, primum hominem Adam,  cum mandatum Dei  in pa-radiso fuisset transgressus, statim sanctitatem et justitiam , in qua constitutus fuerat,  amisisse  incurrisseque per offensam praevarica-tio-nis  hujusmodi iram et indignatio-nem Dei, atque ideo mortem,  quam antea illi comminatus fuerat  Deus, et cum morte captivitatem sub ejus potes-tate, "qui mortis", deinde, "habuit imperium" (Hb.2/14), hoc est diaboli,  "totumque Adam per illam praevaricationis offensam secundum corpus et animam in deterius commutatum fuisse",  anathema sit.



Chap.1 - Si quelqu'un ne confesse pas qu'Adam, le premier homme, pour avoir transgressé le commandement de Dieu au Paradis a aussitôt perdu la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi et qu'il a encouru par l'offense de cette prévarication, la colère et l'indignation de Dieu et, de ce fait, la mort, dont auparavant Dieu l'avait menacé, et, avec la mort, la cap-tivité sous le pouvoir de "celui qui a l'empire de la mort" (Hb.2/14),  c'est-à-dire du Diable, "et que Adam tout entier par l'offense de cette prévarication, selon le corps et l'âme, a été changé dans un état de déchéance : qu'il soit anathème.



Cette déchéance a été confirmée par Notre Seigneur lui-même dans la Révélation qu'il fit à Teresa Higghinson,  qui reçut, en 1879, la mission de susciter dans l'Eglise la dévotion au "Chef Sacré de notre Seigneur Jésus-Christ". Voici la parole qu'elle a reçue de lui:


"Notre Seigneur m'a dit que  par l'artifice et la séduction du démon, l'homme s'était jadis séparé de Dieu au Paradis terrestre, et avait encouru comme châtiment l'obscurcissement de l'intelligence et la mort...".


L'obscurcissement de l'intelligence  est un mal affreux, d'autant plus dangereux qu'il n'est pas directement perceptible  par la conscience, même lorsqu'elle est droite et sincère: il est impossible en effet "de compter ce qui a manqué." Ce défaut, qui conduit à l'illusion   - puis à l'amère désillusion, -ne peut être rectifié que par la prière et la méditation et une grande loyauté intérieure. En effet, il ne suffit pas de comprendre l'accusation que la Divine Parole porte sur notre conduite, il faut aussi l'accepter volontairement.  C'est sur cette association de la volonté et de l'intelligence que Saint Anselme insiste  tout au long de son ouvrage  où il explique les conséquences du péché de génération. L'homme, comme l'Ange, est une " volonté rationnelle".


Nous sommes hélas ! liés par des "habitus"  - disons: des réflexes conditionnés - qui orientent notre pensée et notre comportement d'une manière quasi automatique, renforcée le plus souvent par la pression du groupe, l'ambiance familiale, scolaire, sociale, religieuse... qui pèsent fortement sur notre liberté intérieure, et cela, dès notre première enfance. Les psychologues modernes, voient tous la nécessité d'une guérison mentale, comme notre Seigneur Jésus-Christ le disait en parabole  d'abord:

"Jugez l'arbre à ses fruits: on ne cueille pas de raisin sur les ronces ni de figues sur les chardons.  Rendez l'arbre bon et son fruit sera bon.... "


Puis dans son enseignement explicite que voici:

"La lampe du corps c'est l'oeil:   si ton oeil est sain, tout ton corps sera lumineux,  mais si ton oeil est mauvais ton corps sera ténébreux.  Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres !

"Si donc ton corps est tout entier  lumineux, n'ayant aucune partie ténébreuse,  il sera pour toi comme une lampe brillante qui t'éclaire de tout son éclat".   (Luc.  11/34-36)


D'autres paroles semblables, très significatives se lisent aussi dans  plusieurs "logia" de l'Evangile de Saint Thomas.


Les théologiens, prédicateurs, confesseurs, docteurs, fondateurs d'ordres... n'ont pu s'affranchir des influences du milieu vital et culturel de leur temps.  Ils n'ont pu transmettre par leurs sermons, leurs écrits, leurs institutions,  la vérité divine toute nue, qui demeure exposée dans le texte sacré: la langue originale de la Révélation divine. Il nous faut la recevoir aussi fidèlement que possible  grâce  au "Verbum scriptum" :  le texte authentique, parole écrite de Dieu, et le "Verbum incarnatum", Jésus-Christ lui-même: "Je suis la voie, la vérité et la vie."


Les premiers témoins de la Parole Vivante. l'ont entendue et écoutée. Le sens exact d'un certain nombre de textes - interprétés parfois de travers - fut précisé par le Magistère infaillible:  c'est  à lui qu'il faut avoir recours pour ne pas errer dans un "libre examen" dangereux. Cette prudence est prescrite par Saint Paul lorsqu'il parle de "L'analogie  de la foi".  De même que les mathématiciens tiennent compte de tous les théorèmes déjà démontrés, ainsi le théologien - ou le simple chrétien - doit s'appuyer sur les vérités de foi déjà définies.


Le  grec du Nouveau Testament s'apprend sans trop de difficulté:  grammaires et dictionnaires grecs sont accessibles et permettent au lecteur des Evangélistes et des Apôtres de rejoindre, au-delà des traductions en langue vulgaire, le texte original et son sens aussi exact que possible.


L'hébreu de l'Ancien Testament est moins accessible: langue sémitique, très loin de nous. Les grammaires et dictionnaires existent. Par bonheur, en notre temps, l'hébreu redevient une langue vivante, du moins dans les dialectes parlés aujourd'hui  soit en Terre d'Israël, soit en d'autres pays.  Mais ces dialectes restent éloignés de l'hébreu biblique  ancien qui seul transmet directement le "Verbum scriptum" de Moïse, des Psaumes et des Prophètes.


L'ouvrage présent n'est pas une grammaire, ni un dictionnaire: il a pour but d'examiner les vocables spécifiques français de la théologie et de la piété catholique  et de voir comment ils se rattachent, plus ou moins bien, - en passant par le latin et le grec -aux concepts hébreux exprimés par les racines de cette langue dans le texte sacré de la Bible.


Quelques vocables actuels se rattachent seulement au latin et au grec du Nouveau Testament.  Il est très utile de les étudier.


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Considérations sur les  racines et la grammaire de l'hébreu biblique.


LE VERBE -


Ce mot "Verbe" est d'une grande richesse.  Il désigne le centre et le pivot de la phrase: sur lui repose  la pensée que doivent exprimer le langage ou l'écriture. Le mot latin "verbum", traduit le grec  "logos" d'où dérive en français le mot "logique",  à la fois substantif et adjectif et tous les dérivés, jusqu'à "logiciel"....  C'est ce mot que saint Jean emploie au début de son Evangile : "Au principe est le verbe et le  verbe auprès de Dieu et le verbe est Dieu" Ainsi ce mot devient le nom propre qui désigne la Seconde Personne de la Sainte Trinité, qui a pris chair en Jésus-Christ pour nous dire, par sa  parole  et ses exemples, la vérité qui nous sauve en nous ramenant à l'exacte Pensée, de notre Créateur sur nous, sur chacun d'entre nous.


Les vocables hébreux, dans leur majorité, se construisent sur le verbe, porteur du sens, de la pensée intelligible.  Les verbes sont caractérisés par 3 consonnes: le radical, ou la racine. Les voyelles, au nombre de 10 + des préfixes ou suffixes, précisent les nuances du verbe : temps, mode, nombre et personne.


Le verbe hébreu se présente sous deux temps différents:

- le présent et l'aoriste (on dit aussi: futur et  parfait).

Et sous 7 modes :

Indicatif    actif ou passif,    (qal, niphal)

Intensif     actif ou passif :   (piel,     poual)

causatif     actif ou passif     (hiphil,   hophal)

réfléchi      hitpa'el

plus les modes impersonnels:  infinitif, participe, impératif.

L'infinitif et le participe  ont souvent le sens du substantif.


Il existe trois nombres: le singulier, le pluriel et le duel, ce denier employé pour les  choses ou personnes qui vont deux par deux: yeux, oreilles, etc...


et trois  personnes, au singulier et pluriel:  je, tu, il, nous, vous, ils.

Le verbe se met soit au masculin soit au féminin, selon la personne qui parle  homme ou femme, ou à qui l'action  à laquelle le  verbe se réfère.


De ce fait la pensée est rigoureusement canalisée par les conjugaisons des verbes, sans ambiguïté possible.  Conjugaisons qui ont différentes formes suivant la valeur sonore des consonnes de la racine  (verbes à gutturale, verbes quiescents... voir les grammaires.)


Le substantif  possède le masculin, le féminin, forme absolue,  forme construite (relié à un verbe ou autre  substantif ou adjectif), et  des cas:  génitif, datif, accusatif.


De même les pronoms et les adjectifs ont des formes exprimant le singulier, le  pluriel,  masculin,  féminin.. etc.


Adverbes et conjonctions existent aussi. Les conjonctions ont souvent des sens  complexes et nuancés suivant le sens de la phrase où ils figurent.

Pour toutes ces  notions consulter les grammaires.


De fait il est pratiquement impossible de rencontrer en hébreu des synonymes ou des homonymes, ce qui donne au langage une très grande sûreté.


Sur les trois consonnes du  radical repose l'idée  que le verbe exprime. Ainsi avec les 23 consonnes on pourra exprimer:

(23 x 23 x 23)  - 23  = 12 144 idées différentes, ( - 23, car il faut exclure trois mêmes consonnes dans la racine).

Ce nombre: 12 144 vocables racines: soit mille fois 12  + le carré de 12.


Ces  brèves indications, plus beaucoup d'autres que l'on pourrait ajouter - que le lecteur trouvera lui-même dans les grammaires et les dictionnaires - montrent avec la plus grande évidence que  cette langue  si ancienne, si riche et si nuancée, n'a pu se former au hasard, mais qu'elle a une origine divine dès la création de l'homme.


De fait  l'hébreu  biblique  ne comporte plus ces  12 144 racines.  Il peut en rester entre 4000 et 5000 - je ne les ai pas comptées. -  Un grand nombre se sont perdues depuis Adam, comme dans toutes les langues qui s'appauvrissent au cours du temps.Décadence du langage qui manifeste, au long de l'histoire, l'obscurcissement progressif de l'intelligence  et la perte funeste de la mémoire: conséquences du péché originel.


Certains vocables ne figurent qu'une seule fois dans la sainte Ecriture. On les appelle  "Hapax". Il est parfois  difficile d'apprécier leur sens, ainsi en Gen. 3/15, le verbe que l'on traduit en général par "écraser", ou "blesser": "Tu l'as blessée au talon, mais elle t'écrasera la tête" (Jugement de Dieu sur le serpent.) Le Cantique des cantiques contient des hapax : ce qui montre que c'est un texte très ancien,  conservé précieusement dans la longue  tradition  manuscrite.


Le grec est très riche en vocables racines, mais le latin, langue récente,  est très pauvre. Les philologues  recherchent les racines fondamentales des langues dites "indo-européennes",  et ils trouvent en effet qu'un certain nombre de racines sont communes à ces langues: celles  qui expriment les actes humains universels: voir, entendre, marcher, engendrer, père, mère, etc...


On peut étudier des documents écrits, mais il n'y a aucun son vocal enregistré avant l'invention des appareils les plus modernes. De ce fait la prononciation primitive des consonnes et des voyelles ne peut pas être exactement déterminée. Nous devons penser que du temps des patriarches, en raison de leur longévité, la prononciation  des vocables resta stable d'Adam  à Joseph, soit pendant  2300 ans (mort de Joseph en 2307 ans après la création d'Adam). La prononciation actuelle n'est certainement pas identique  à celle des premiers hommes, mais seulement ressemblante.


Lorsque l'on  décrypte un texte abscons  il est évidemment très conjectural de le vocaliser.


La diversité des langues et des dialectes, patois, argots etc.… qui se multiplient  et disparaissent avec le temps, montre que les sons (phonèmes) que l'on peut former avec l'appareil vocal  larynx, fosses nasales, bouche, langue etc... peuvent fournir un nombre infini de langages.  Ce qui signifie que l'on va nécessairement vers la plus grande confusion s'il n'y a pas des règles strictes pour la parole et l'écriture. Les anthropologues actuels ont découvert que les peuples dits "primitifs", qui n'ont pas d'écriture, parlent  cependant - parfois - des langues très  riches en vocabulaire et en racines. Mais il existe aussi sur terre des survivants de races exterminées presque entièrement soit par des guerres tribales, soit par des épidémies. Au dessous d'un certain nombre d'individus, la langue s'éteint, et ces peuplades "fossiles", en quelque sorte,  sont presque irrécupérables.  (Témoignages de missionnaires et d'explorateurs). Voilà qui démontre que c'est bien la parole et l'écriture qui assurent l'identité de la créature humaine.


La Révélation confiée à la  mémoire de l'homme.


L'Eglise professe comme une vérité de foi conforme au récit de la Genèse, qu'il y eut un premier homme  et qu'il fut créé dans un état de justice et de sainteté, et que la femme fut engendrée de sa chair et de ses os: ce qui indique une identité de nature et de dignité. Nous connaissons aujourd'hui quelque chose de la complexité du cerveau humain et du système nerveux :multiplicité  des cellules, de la structure complexe de chacune d'elles, et des innombrables points de contact entre elles (synapses) . On peut faire des estimations  avec la structure des  ordinateurs modernes. Nous sommes amenés à penser  que le cerveau d'Adam était programmé et non pas vide, c'est-à-dire enrichi d'un grand nombre - nombre immense peut-être - de "logiciels"  et de "mémoires", par lesquels il avait reçu, dès sa création, la,science infuse et les moyens de l'exprimer.


Cette science et cette intelligence sont indiquées par le fait qu'Adam s'exprime  et "donne des noms aux animaux". "  Il  reçoit la mission d'explorer la création, et de  "cultiver le jardin" (son milieu  vital),  d'en  comprendre les lois  et de rejoindre ainsi le Verbe Créateur: "Désormais les animaux porteraient nom  qu'Adam leur avait donné". Un champ immense de connaissance s'ouvre devant lui : "Tu mangeras de tous les arbres du jardin", et il reçut sa loi spécifique, qui le place au-dessus de toutes les espèces animales :"Tu mangeras de tous les arbres du jardin, à l'exemption de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, dont tu ne mangeras pas car alors tu mourras de mort". (Gen.2/17)  Ce commandement primordial prend toute sa signification lorsque l'on se rapporte aux racines des mots qui l'expriment. "Tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal" signifie:  "Tu ne posera aucun acte dont le résultat serait un mélange de bien et de mal".


Adam avait donc un cerveau programmé. Ce qui signifie dans notre langage moderne qu'il avait toutes les connaissances infuses nécessaires pour assurer  son bonheur  et garder une vie impérissable.


La langue primordiale.


Est-il possible de retrouver cette "programmation" initiale: la langue dans laquelle Adam s'exprimait  ? Elle était sans doute d'une richesse extrême. Le seul moyen de nous en approcher est la tradition patriarcale: Noé, Sem, Abraham, Joseph et la seule écriture conservée depuis jusqu'à nos jours: l'hébreu.  Il est vrai  que les deux autres fils de Noé, Japhet et Cham, furent à l'origine du grec  et du copte.   Mais entre Japhet et Homère  il faut compter environ 15 siècles de "silence", - c'est-à-dire une absence de documents - et la langue égyptienne orale ne peut être retrouvée par les hiéroglyphes, qui sont idéographiques,  et muets sur les phonèmes et les vocables....


Les langues de l'Extrême-Orient doivent aussi contenir des éléments de la révélation primitive. En effet, l'Ecriture nous apprend que Caïn, après le meurtre de son frère Abel,  est parti "au pays de l'oubli", le pays de Nod.  Quel était son langage ? Comment s'est-il altéré et diffusé ? Ce sont, après le déluge, des peuples "venus de l'Orient" qui ont occupé le pays de Sennaar = la Mésopotamie  sur laquelle a déferlé le déluge. Ils y ont construit la tour de Babel.   Etaient-ils descendants de Caïn..... ?   Il est possible que les philologues puissent trouver des éléments communs entre les consonances hébraïques et les assonances orientales... et dans ces traditions, des indications  sur la création qui  rappellent les affirmations de la Sainte Ecriture...


L'épopée de Gilgamesh, retrouvée en cunéiformes, rappelle de loin l'histoire de Noé. Mais il faut savoir que les tablettes d'argile de la bibliothèque d'Assurbanipal   sont postérieures de 500 ans au moins  à la Genèse, premier livre du Pentateuque.


Caractère  particulier de la langue hébraïque.


L'hébreu biblique n'a pas de termes abstraits, alors qu'ils pullulent dans nos langues actuelles.  Ce qui fait que les philosophes et les littéraires, lorsqu'ils lisent l'Ancien Testament, sont portés à dire qu'il s'adresse à un peuple enfant. Cette opinion apparaît déjà sous la plume de Saint Augustin qui nous laisse croire que le Nouveau Testament, au contraire, a enfin donné la pleine Révélation à une humanité évoluée, "civilisée" devenue capable de la recevoir et de la  comprendre.


Les racines hébraïques, se rapportent à des objets concrets, et les plus importantes d'entre elles au corps humain, ses organes, ses membres, et à leurs fonctions.  Par exemple le verbe "connaître"  dérive d'une racine qui signifie "la main".   Les idées de "santé" et de "gloire" dérivent  d'une racine  qui signifie "le foie", l'organe qui régente le bon fonctionnement des fonctions physiologiques du corps...  Nous verrons cela tout au cours de notre étude.


De ce fait nous saisissons que le plein épanouissement de la créature humaine concrète n'est pas l'évasion de l'âme en dehors des limites du corps, mais "le salut de toute chair". Il est nécessaire de proscrire la philosophie  si l'on désire bien comprendre la Révélation  divine  contenue dans le texte sacré, le"verbum scriptum".


Méthode.


Notre méthode correspond au but que nous nous proposons : à savoir:  purifier la doctrine = le vocabulaire  de la théologie  et de la piété chrétiennes,  des altérations qu'elles ont subies au cours des âges, dans nos "civilisations" occidentales, qui procèdent d'une philosophie  et d'un droit étrangers aux concepts et à la législation  de la sainte Ecriture.


Nous  partons donc des mots français  en usage, qui, pour la plupart, ont des racines latines, afin de  retrouver, par le texte sacré original, leur véritable sens théologique. L'essentiel est de bien recevoir la Parole et la Pensée de notre  souverain Créateur et Législateur afin de la mettre en application et de retrouver ainsi notre véritable identité et la vie incorruptible, selon la promesse formelle du Verbe Incarné, notre Seigneur Jésus-Christ.


Nous nous reportons aussi au latin et au grec, car c'est dans ces deux langues que se sont exprimés les Pères, les Docteurs et les Conciles. En outre, Saint Jérôme qui nous a donné le texte latin de l'Ecriture, par lequel toute l'Eglise occidentale a trouvé son enseignement courant, était lui-même familier du texte grec des Septante. Il faut aussi remarquer que, lorsque Saint Paul, dans ses épîtres, cite  l'Ancien Testament, il utilise  le texte des Septante.


Il importe aussi de mettre en évidence les vocables qui interviennent dans les moments les plus importants de la divine Révélation.


Abbé Joseph Grumel

 et  Marie-Pierre Morel