"Logia Jèsou" : Paroles de Jésus

 

ou

 

L’Evangile  selon  Thomas

 

                                                                                         Abbé Joseph Grumel


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« Celui qui parvient à l’interprétation de ces paroles

ne goûtera point la mort ! »

                                                                - Jésus -

 

 - Texte et commentaire -

                      

 

Préface.

 

              Les explications que nous proposons ici des paroles de Jésus transmises par Saint Thomas, ne dispensent nullement de la lecture de deux excellents ouvrages qui nous les ont fait connaître, auxquels nous empruntons  les traductions.

 

Le premier est celui de Jean Doresse, paru aux éditions Plon en 1959. Il a pour titre : « L’Evangile selon Thomas, » ou  « LES PAROLES DE JESUS ». La traduction présentée par cet auteur est précédée et suivie d’études et de commentaires très riches et très documentés. On y trouvera tout ce que l’on sait sur les tribulations  de cet Evangile, tombé aux mains de différents groupes philosophiques et religieux qui prétendirent y découvrir une justification de leur options douteuses. Il n’était pas facile, en effet, aux chrétiens venus de la Gentilité  de se défaire de leurs idoles et de leurs superstitions !  Et l’on comprend, à la lecture de ces pages, que la Rédemption de l’homme est une entreprise immense: elle ne pourra réussir vraiment qu’en atteignant les profondeurs du coeur et de la conscience et pas seulement  une simple conduite morale.  Il est bon d’être informé de l’histoire, des interprétations  de cet évangile pour éviter les pistes sans issue, qui se sont révélées fausses,  mais qui demeurent encore aujourd’hui à l’état de tentations perverses sous des noms nouveaux et avec des nuances diverses (ésotérisme, œcuménisme, syncrétisme etc…)

 

             Il faut, en effet, choisir une règle d’interprétation exacte pour avoir le maximum de chances de tomber juste, et bien comprendre la pensée du Seigneur. Cette pensée  nous est ici présentée sous forme d’énigmes,  afin de susciter la curiosité  et la recherche: c’est ainsi qu’enseignaient les maîtres d’autrefois.  Ils avaient la sagesse de ne pas se substituer à leurs élèves,  et de les laisser parvenir à la certitude de la connaissance  en parcourant, par leurs propres forces, le chemin qui conduit à la Vérité. Mais lorsque le livre n’est plus accompagné par la tradition orale des maîtres, il peut devenir l’objet  de spéculations fumeuses : c’est ce qui est arrivé. Nous pouvons faire un bilan, car les interprétations « gnostiques » ou « manichéennes » n’ont apporté aucun résultat durable ni positif.  Elles ont abouti à un ascétisme mortifiant et décevant, ou bien alors à une évasion de rêve, en raison d’un refus systématique et sous rationnel  de la création matérielle de Dieu, et tout particulièrement de la chair humaine.

 

             Ces gens-là  ne manquaient pas de bonnes intentions  ni de bonne volonté : ils  ne faisaient pas le vrai discernement sur eux-mêmes pour se guérir des troubles psychologiques issus de la faute originelle :  la peur de Dieu et la honte du corps.  Par ces troubles, un voile est jeté entre notre intelligence et la pensée de Dieu d’une part, et d’autre part, entre nos regards et la beauté substantielle  de sa création.

 

             Il faut savoir ces choses pour lire avec profit le livre de Jean Doresse.

 

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             L’autre livre, paru en 1974, aux éditions « Metanoia » a pour titre : « L’Evangile de Saint Thomas ». Il a pour auteur Philippe de Suarez. C’est un ouvrage d’une grande valeur, qui a le mérite de présenter le texte copte avec, en regard, une traduction phrase par phrase.  On y trouve ensuite une concordance très précise, et très précieuse, pour les lecteurs désireux d’approfondir leurs recherches.  Ensuite, en référence à chaque « LOGION » [1], l’auteur pris le soin de citer les Evangiles canoniques correspondants. Il y a enfin un lexique des mots coptes et un appendice grammatical. L’auteur a donnélui-même son commentaire personnel sur chaque parole du Seigneur, en suivant toutefois une règle d’interprétation qui nous paraît contestable. On peut lui reprocher de dévaloriser sans aucune raison valable  la Tradition ecclésiastique  qui nous assure de l’authenticité  des Evangiles canoniques.

 

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L’EVANGILE DE SAINT THOMAS,  et  LES EVANGILES CANONIQUES.

 

             L’Eglise nous a toujours assurés de l’authenticité des Evangiles canoniques,  et la tradition liturgique nous rassure entièrement, ainsi que l’honnêteté scrupuleuse des copistes.[2]  Elle ne nous assure pas de l’authenticité de celui de Saint Thomas.  Mais il n’y a aucune raison de la révoquer en doute. En effet, cet Evangile découvert providentiellement en 1945,  était connu et cité par les anciens Pères,  comme saint Clément d’Alexandrie. A la différence de multiples textes « apocryphes »,  celui-ci est parfaitement signé : Didyme Thomas  - l’un des Douze: ce qui renforce son authenticité. Le manuscrit découvert en Egypte est très ancien (3ème – 4ème Siècle)   bien conservé et remarquablement écrit. Il est contemporain des manuscrits anciens des Evangiles canoniques.  Il fut assurément copié et lu au sein d’une Eglise qui  attachait sa foi à ces « Paroles » : cette vénération accordée à un texte considéré comme sacré nous assure de sa valeur et de sa vérité.  La plupart des « logia » de Jésus rapportés par cet Evangile ont leurs correspondants dans les canoniques ;  et ceux qui lui sont propres sont signés par le même style : ils ont Jésus pour auteur : cela ne fait aucun doute.  

 

             Toutefois cet Evangile de Saint Thomas ne sera jamais qu’un complément des Evangiles canoniques. Il n’a d’ailleurs aucune autre prétention. En effet, il  ne nous rapporte pas les faits et gestes de Jésus, mais seulement quelques-unes de ses paroles, choisies précisément parmi les plus énigmatiques. Elles sont alignées sans aucune explication, ni ne sont situées dans leur contexte historique. Elles sont proposées comme un défi au disciple qui veut atteindre la vie impérissable, objet des promesses du Sauveur.  Le lecteur est ainsi invité à « chercher pour trouver ». Saint Thomas, dans cet Evangile, n’a pas livré le SECRET de Jésus : il le confiait sans doute oralement à ses vrais disciples.  Ceux qui étaient initiés  à ce secret, comme l’étaient les Apôtres,  comprenaient aisément ces « paroles de Jésus ».

 

                                                                  

LA LIGNE DIRECTRICE DE NOTRE INTERPRÉTATION. 

 

             Qu’est-ce que l’EVANGILE ?  Qu’est-ce que la BONNE NOUVELLE ?  En quoi consiste-t-elle exactement ?

 

             L’Evangile, c’est Jésus lui-même. Il s’identifie en effet à l’Evangile lorsqu’il proclame : « Je suis la lumière du monde... » ( Jn. 8/12) ; ou encore « Je suis la voie, la vérité et la vie ». (Jean 14/6).  Prendre parti pour lui, c’est prendre parti pour l’Evangile, et réciproquement, comme il le dit : « Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse... »   (Mc. 8/36).

 

             Si Jésus n’avait rien dit...  Supposons qu’il ait terminé son séjour terrestre à l’âge de trente ans, au moment de son baptême.  Nous n’aurions que le témoignage du Père : « Celui-ci est mon fils bien aimé... » Et nous aurions le témoignage de ses parents, Marie et Joseph, qui  auraient expliqué comment Jésus est vraiment fils de Dieu.  Fils de Dieu parce que conçu par l’Esprit-Saint  dans les entrailles d’une maman demeurée vierge. Eh bien, nous aurions là, indépendamment des  paroles de Jésus, tout l’Evangile.

 

             En effet, telle est bien la définition de l’Evangile  que nous donne Paul au début de son Epître aux Romains : « ... l’Evangile de Jésus-Christ... manifesté en puissance fils de Dieu selon l’Esprit de Sainteté, du fait de sa résurrection d’entre les morts. » (Rom. I/4). Tout le ministère de Jésus, ses prédications  et ses miracles, sa condamnation  et sa passion, sa résurrection et son ascension à la Droite du Père : tout cela constitue le « kerygme » : l’histoire publique,  accessible  à tout homme ; et l’on réservait aux « parfaits », le secret de Jésus : comment est-il  « fils de Dieu » dans notre nature humaine ?  Telle est la solution de l’énigme que Jésus lui-même proposait à la fin de sa vie publique, pour confondre ses adversaires : « Si le Messie est fils de David, pourquoi David l’appelle-t-il son « Seigneur » ?...  Tel est le mystère caché aux « princes de ce monde » et « s’ils l’avaient   connu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire »  (I Cor. 2/8).  Or ce mystère est celui  qui descendit de la bouche de Marie immaculée lorsqu’elle  raconta aux Apôtres, entre l’Ascension et la Pentecôte, ce que nous lisons dans les premiers chapitres de Matthieu, et dans les deux premiers chapitres de saint Luc.

 

             Quel est en effet le titre même de l’Evangile, et par suite, le titre de tout le Nouveau Testament ? C’est la première phrase de Saint Mathieu : « Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de Dieu, fils de David, fils d’Abraham... ». A la conception de Jésus s’arrêtent les générations charnelles,  car une Génération Sainte intervient pour y mettre fin et pour abolir ce péché, qui, de génération en génération,  transmet la mort.  Ici c’est l’Esprit vivifiant  et créateur qui féconde d’En Haut le sein fermé d’une vierge, « sanctuaire non fait de main d’homme », dont le temple, autrefois fermé par le voile infranchissable,  n’était que la figure.  Ici la Justice apparaît: elle sera manifestée pleinement par le triomphe de la Vie.  Tout nous est donné par la conception sainte de Jésus, de même que tout être vivant est déjà tout entier dans son germe.

 

             Or notre Evangile de Saint Thomas ne  contient pas ce « Secret » de Jésus. Il ne dit rien explicitement de sa conception virginale et spirituelle.  Certes, c’est « la vérité toute entière » que les Apôtres ne pouvaient encore supporter à la fin de la vie publique du Seigneur. La révélation devait leur en être communiquée par l’Esprit lui-même, qui en fut l’auteur,  venant confirmer le témoignage de la seule personne qui pouvait le porter : Marie.

En effet, depuis le baptême de Jean jusqu’à l’Ascension,  une seule question montait aux lèvres de tous : « Qui est ce  fils de l’homme ? » Il est fils de David, certes, mais « comment est-il fils de David ? » Il s’est dit  « Fils de Dieu » et les autorités religieuses ont vu dans cette prétention un blasphème exécrable qui entraîna sa condamnation à mort. Mais il est ressuscité : il était donc vraiment fils de Dieu. Comment ? ...   Marie fut alors  la « Révélation des Apôtres ». Elle leur  révéla sa disposition bien assurée : « Je ne connais pas l’homme ! Comment cela se fera-t-il ? »

 

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             Si donc nous voulons comprendre les « paroles mystérieuses » que Saint Thomas nous a rapportées,  il n’y a pas de lumière autre que celle qui vient de l’Etoile du Matin, de l’Immaculée Conception, de Notre Dame de lumière, de Notre Dame des victoires. C’est elle qui détient le secret des saintes épousailles et de la génération spirituelle = par l’Esprit Saint Créateur et Vivifiant.  Telle est la Vérité qui fut confiée à l’Eglise comme son trésor le plus précieux, transmis jusqu’aux derniers temps, - où nous sommes -  dans les arcanes de la liturgie inaltérable.

 

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 REGLE DE LECTURE   de  notre travail sur l’Evangile  de Saint Thomas.

 

             La  traduction est d’abord celle de Philippe de Suarez  (P.S.), puis celle de Jean Doresse (J.D.). Pour la plupart des « logia », elles sont substantiellement  semblables. Doresse est plus prudent que Suarez pour la reconstruction du texte lorsqu’il a subi une altération.  Nous nous sommes reportés au texte copte dans certains cas difficiles.  La langue copte n’est pas difficile  pour qui connaît le grec et l’hébreu.

 

 

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[1] - Logion, mot grec qui signifie « enseignement divin, parole divine, oracle divin »; au pluriel : logia. « Ta deka logia » = les dix commandements. Dérive de logos = parole.


[2] - Pour avoir une idée juste de la fidélité de la tradition manuscrite, ne manquez pas de consulter les listes de manuscrits et leur date dans les Editions critiques des Evangiles : Merk et Nestlé.



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